La carte des terroirs cachés : où battent encore les cœurs rares ?
Les plaines alluvionnaires proches de Chambéry abritent la Jacquère, qui y prospère particulièrement bien. Or, les cépages confidentiels préfèrent souvent des niches bien plus précises, voire marginales, que le géographe Roger Dion aurait volontiers qualifiées de « petits pays de vigne ». Ils subsistent sur :
- Des replats caillouteux où les sols peu profonds découragent la productivité excessive.
- Des expositions abritées du vent du nord, favorisant la lente maturation nécessaire à l’expression variétale.
- Des terrasses morainiques, gages d’une pluviométrie modérée, ce que redoute, par exemple, le Persan.
Le Persan, autrefois très répandu de la Maurienne au Grésivaudan, ne couvre aujourd’hui guère plus de 10 hectares, essentiellement sur les éboulis calcaires d’Arbin et de Saint-Jean-de-la-Porte (source : Dossier IFV Alpes 2019). Il y puise une puissance tannique et une signature épicée retrouvées nulle part ailleurs, même dans les essais de replantation en Valais suisse.
Plus septentrional encore résonne le Gringet, protégé par l’écrin du Môle, dans son amphithéâtre d’Ayze. L’AOP Ayze ne comptait plus que 22 hectares de vignes au Gringet en 2023, soit moins de 1 % du vignoble savoyard (source : Comité Interprofessionnel des Vins de Savoie). Ce cépage est à la fois le dépositaire d’un style de mousseux ancestral et d’une minéralité quasi impalpable, liée au conglomérat morainique de la colline d’Ayze.
Côté vignes blanches, la Verdesse, jadis star de la vallée d’Echirolles, n’occupe plus aujourd’hui qu’une poignée de parcelles, notamment sur la commune de Saint-Jean-de-Moirans. Réhabilitée par quelques obstinés, elle couvre environ 5 hectares selon l’IFV Alpes. Son acidité naturelle en fait une alliée précieuse dans la recherche de fraîcheur face au réchauffement climatique.