Secrets enracinés : la mosaïque des cépages rares de Savoie
Dans le silence feutré des caves, des grappes à la silhouette oubliée reposent parfois en bordure des monts savoyards. Inspiré par l’histoire tourmentée de la vigne alpine, le patrimoine ampélographique savoyard compose un fragile herbier vivant. Si la Jacquère, la Mondeuse, la Roussanne et l’Altesse dessinent les piliers du paysage local, la Savoie préserve une constellation de cépages presque confidentiels : Persan, Etraire de la Dhuy, Douce Noire (ou Bonarda), Gringet, et Blanc de Maurienne pour n’en citer que quelques-uns.
On recense dans la région plus de 20 cépages différents (Source : CIVS - Comité Interprofessionnel des Vins de Savoie), avec près de dix considérés comme « rares » parce qu’ils couvrent moins de 100 hectares chacun (souvent beaucoup moins). Le Persan, par exemple, qui couvrait plus de 250 hectares à la fin du XIXe siècle, ne survit aujourd’hui que sur moins de 10 hectares.
Cet ancrage discret n’est pas un hasard : le phylloxéra, l’exode rural, puis la standardisation viticole ont failli les effacer de la carte. Mais leur résistance intrigue — vieillissement racinaire et transmission orale érigés en mémoire vivante. Ici, chaque pied raconte une parenthèse historique, chaque vendange déploie une identité restée hors des radars internationaux.