Les gestes anciens, la transition écologique et l’avenir : panorama des pratiques viticoles
La taille : art et nécessité sur pentes abruptes
À Chignin comme à Arbin, la taille guyot simple ou cordon de royat domine. Sur des pentes raides, la taille courte limite la vigueur, maîtrise le rendement (45-55 hl/ha pour la Jacquère, 38-48 hl/ha pour la Mondeuse selon le cahier des charges AOC), et favorise la concentration des arômes. L’hiver, le geste se fait précis pour éviter le gel tardif au printemps, car le vent froid s’engouffre vite sur les contre-pentes.
Le palissage : complice du soleil
Les vignes de Chignin montent en échalas, rappelant les parcs bourguignons, tandis qu’à Arbin, le palissage sur fil de fer améliore la circulation de l’air et l’exposition des fruits. Ce choix structurel détermine la maturité, l’intensité de la photosynthèse et la résistance des grappes aux maladies cryptogamiques typiques d’un climat de montagne, où l’amplitude thermique favorise les rosés nocturnes.
Culture raisonnée, biologique, et biodynamique : une révolution douce
À l’instar de la Savoie entière, Chignin et Arbin ont amorcé depuis le début des années 2010 une conversion massive vers la viticulture biologique. En 2023, près de 25 % des surfaces savoyardes étaient certifiées bio ou en conversion (source : FranceAgriMer). Les emblématiques domaines Quénard et Trosset, pionniers, travaillent sans désherbant, privilégient les engrais organiques et multiplient les enherbements spontanés pour protéger la vigueur végétale et l’effort racinaire.
- Enherbement : 80 % des rangs à Arbin et 65 % à Chignin pratiquent aujourd’hui l’enherbement naturel ou semé, réduisant l’érosion, augmentant la vie microbienne, et modérant le stress hydrique.
- Traitements fongiques : la tendance est à la réduction du cuivre, dont l’utilisation moyenne est aujourd’hui de 2,8 kg/ha/an, très inférieure à la moyenne nationale (source : Chambre d’Agriculture 73).
- Vendanges manuelles : incontournables sur ces pentes, mobilisent chaque année des familles entières et saisonniers, et permettent la sélection parcellaire fine, critère-clé de la qualité aromastructurée.
- Pratiques biodynamiques : une dizaine de domaines (dont Masson-Blondelet, Dupasquier) expérimentent tisanes à base de prêle, bouse de corne et rythme lunaire, avec pour ambition d’affiner la tension des blancs et la définition des rouges.