Les secrets de la géologie : racines profondes et héritages tumultueux
Chignin : l’éventail des éboulis calcaires
Le vignoble de Chignin, s’étendant principalement sur le versant sud de la montagne, puise son identité dans un socle géologique héritier du Jurassique supérieur. Ici, le Mont Granier, dont l’éboulement tragique de 1248 reste encore conté au coin des caves, a semé une mosaïque de roches aux origines multiples. C’est un territoire où l’on foule majoritairement :
- Des éboulis calcaires issus des marnes et bancs calcarénitiques
- Des moraines glaciaires, traces des dernières grandes glaciations alpines
- Des argiles rouges et grises, issues de dépôts continentaux du Secondaire
- Quelques inclusions de blocs gréso-micacés, transportés lors des effondrements massifs du Granier
La nature très caillouteuse du sol, souvent filtrante, force la vigne à s’enfoncer en profondeur pour trouver l’eau et la fraîcheur. Chignin est une tapisserie inclinée, à la lumière crue et directe, où le tuf et la pierraille blanches réfléchissent la chaleur du jour.
Arbin : la sombre énergie des schistes et des marnes
À quelques encablures à l’est, Arbin s’inscrit à la frontière abrupte du Massif des Bauges. Ici, le terroir est magnifié par l’AOC Mondeuse Arbin, un cépage qui s’exprime avec une rare intensité sur ces terres sombres. À la différence de Chignin, les sols sont marqués par :
- Une dominante de marnes noires du Toarcien (Jurassique inférieur)
- Des schistes, parfois affleurant, riches en matières organiques
- Des lentilles argilo-calcaires offrant drainage et fraîcheur
- Quelques veines de grès et d’argiles rouges sur les replats
Ce sous-sol dense et profond régule puissamment l’eau, restituant aux pieds de vigne une humidité essentielle en période de sécheresse. Les schistes, peu fréquents en Savoie, confèrent à la Mondeuse d’Arbin une vigueur structurante et épicée, emblématique des rouges du secteur.