L’assemblage, un art d’alchimiste inspiré par la terre
Pourquoi assembler en Savoie ?
Contrairement à Bordeaux ou au Rhône, l’assemblage en Savoie suit une logique moins normée : il n’est presque jamais dicté par le cahier des charges, mais par la volonté d’exprimer la singularité d’un lieu. On assemble ici pour :
- Équilibrer l’acidité et la maturité, notamment dans les millésimes frais.
- Apporter une trame aromatique plus complexe, unissant la vivacité de la Jacquère à la rondeur du Chasselas, ou la chair de l’Altesse à l’énergie du Bergeron.
- Adapter le vin à la vocation du terroir : plus minéral sur calcaire, plus ample sur moraine, plus fruité sur éboulis légers.
Un exemple historique, resté emblématique : le vin de Savoie « Ayze », unique effervescent de la région, repose traditionnellement sur le trio Gringet (arômes floraux vifs), Altesse (notes de fruits blancs) et Roussette (structure). Chacun trouve son expression idéale selon la fraction du coteau, la profondeur du sol, la proximité du massif du Faucigny.
La prise en compte du millésime et de l’alcool potentiel
Sur des terroirs froids ou tardifs (plus de 400 m d’altitude par endroits), l’équilibre alcoolique du vin n’est jamais garanti d’avance. À cette latitude, l’assemblage devient un filet de sécurité : on assemble une cuve de Jacquère très vive, élevée sur moraine froide, avec un lot de Chasselas plus solaire, pour garantir tenue et buvabilité. En 2021, année de gel décisif, de nombreux vignerons ont ainsi revu leurs équilibres, parfois à la cuvée, pour respecter la fraîcheur attendue sans sacrifier la structure.